Dans la quatrième partie de cet exposé, nous avons évoqué la proposition de substituer une autre personne à Ali (paix sur lui). Dans cette cinquième partie, nous abordons la proposition d’association au califat (partage du pouvoir).
- La proposition d’association au califat [11]
Après l’achèvement du sermon de Ghadir, l’allégeance universelle au Prince des Croyants (paix sur lui) et l’échec de plusieurs conspirations, les hypocrites ne restèrent pas tranquilles. Ils cherchèrent une autre voie pour revenir sur la proclamation de la wilāya (autorité) d’Ali à Ghadir.
La cinquième idée que les hypocrites parvinrent à former dans les tréfonds de leur esprit fut celle de l’association d’autres personnes avec Ali dans le califat – une demande qu’ils avaient déjà soumise au Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) avant le sermon de Ghadir.
Ils commencèrent à mettre en œuvre cette conspiration de manière plus calculée.
D’abord, un groupe d’hypocrites parmi les Quraychites, sous couvert de sollicitude, avança cette proposition en faveur d’une association des Quraychites, disant :
« Si tu ne peux pas remplacer Ali par un autre par crainte de désobéir à ton Seigneur, alors associe-lui dans le califat un homme des Quraych, afin que les gens se calment grâce à sa présence, que ton affaire aboutisse et que les gens ne s’opposent pas à toi. »
Puis Muʿādh ibn Jabal – l’un des cinq signataires du pacte (des calomniateurs) – vint trouver le Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) avec un autre groupe d’hypocrites. Cette fois, Muʿādh mentionna le nom de celui qu’ils proposaient comme représentant des Quraych pour succéder à Ali, et dit :
« Ô Messager de Dieu, si tu associes Abou Bakr et Omar à Ali dans le califat, afin que les gens se calment à ce sujet, ce qui est bon pour eux sera accompli ! Associe-les donc à la wilāya d’Ali, afin qu’ils se préparent à accepter ta parole et qu’ils la reçoivent favorablement. »
Après cette étape, un groupe d’hypocrites quraychites, accompagné d’Omar en personne, vint auprès du Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille). Cette fois, Omar, en tant que porte-parole, dit :
« Ô Messager de Dieu, nous avons abandonné l’adoration des idoles et nous t’avons suivi ! Associe-nous donc à sa wilāya (celle d’Ali) afin que nous soyons ses associés. »
Cette conspiration fut mise en œuvre avec toutes les hypothèses possibles : la proposition d’association au califat fut ouvertement soumise en présence du Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille), alors qu’après la cérémonie solennelle de Ghadir, une telle proposition n’avait plus lieu d’être. Ces calculs opportunistes, face à l’ordre divin du Sage concernant la wilāya d’Ali, ne pouvaient être qu’une pure absurdité.
Bien que le Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) leur eût répondu que c’était un ordre divin et qu’il n’avait aucune liberté de manœuvre, de même qu’à chaque étape de Ghadir une réponse divine directe fut donnée par la descente de l’Ange de la Révélation à chaque conspirateur, ici aussi furent immédiatement révélés les versets 65-66 de la sourate Az-Zumar. Bien qu’adressés au Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille), ils visaient en réalité ceux qui avaient fait cette proposition :
« Et il t’a été révélé, ainsi qu’à ceux qui t’ont précédé : “Si tu associes (à Dieu d’autres divinités), ton œuvre sera certes vaine et tu seras très certainement du nombre des perdants. Adore donc Dieu seul et sois parmi les reconnaissants.” »
Omar, qui sentit ce verset s’abattre comme un marteau sur sa tête, abandonna ses compagnons auprès du Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) et sortit précipitamment.
La révélation de ce verset ne fut pas seulement une réponse négative à la proposition d’associer d’autres personnes au califat ; elle fut aussi une menace et une manifestation de la colère divine contre une telle proposition. Il fallait qu’une réponse aussi catégorique à une telle proposition figure dans le texte coranique, pour constituer un document éternel contre ceux qui l’avaient avancée.[12]
Sources
11- L’événement coranique de Ghadir, p. 142.
12- Biḥār al-anwār, vol. 23, p. 362, 380 ; vol. 36, p. 152 ; vol. 37, p. 120, 160-161. ʿAwālim al-ʿulūm, vol. 3/15, p. 67, 85, 136, 149.