L’éminent Ḥojatou al-Islam wal-Muslimin Muhammad Jafar Tabassi écrit dans un article intitulé « Les falsifications du grand événement de Ghadir Khumm au fil de l’histoire » :
La controverse est présentée ainsi : si le « hadith de Ghadir » est authentique, pourquoi al-Bukhari (m. 256 H.) ne l’a-t-il pas mentionné dans son Sahih ?
La vérité et la réalité
Première réponse
Cette controverse repose sur le postulat selon lequel le critère d’authenticité ou de faiblesse des hadiths serait leur mention ou non dans le Sahih d’al-Bukhari.
Existe-t-il réellement un fondement scientifique ou logique pour se soumettre à un tel critère ?
La conséquence logique pour quiconque considère que l’absence d’un hadith dans le Sahih d’al-Bukhari le rend invalide serait de devoir également considérer comme invalide le hadith de Thaqalayn (les Deux Choses précieuses) – or aucun musulman n’accepte une telle conséquence.
Deuxième réponse
La critique principale devrait plutôt s’adresser à al-Bukhari : pourquoi n’a-t-il pas rapporté dans son Sahih le hadith de Ghadir dont l’authenticité dépasse le degré de tawātur (transmission par une multitude de voies concordantes) ?
L’omission d’al-Bukhari concernant le hadith de Ghadir survient alors que Muslim (m. 261 H.), savant contemporain d’al-Bukhari, a rapporté le hadith de Ghadir dans son propre Sahih.
Troisième réponse
Al-Bukhari ne s’était pas engagé à rapporter tous les hadiths authentiques. Invoquant le souci de ne pas allonger son livre, il s’est abstenu de mentionner de nombreux hadiths authentiques.
Ibn Hajar, l’un des commentateurs du Sahih d’al-Bukhari, écrit dans l’introduction de son ouvrage :
« Al-Bukhari ne s’était pas engagé à rapporter tous les hadiths authentiques. Il a dit : “J’ai rapporté les hadiths authentiques, mais les hadiths authentiques que je n’ai pas rapportés sont encore plus nombreux.” An-Nasafī (l’élève d’al-Bukhari) a rapporté qu’il a entendu al-Bukhari dire : “Je n’ai mentionné dans mon livre que des hadiths authentiques, mais il existe d’autres hadiths authentiques que je me suis abstenu de rapporter pour ne pas allonger l’ouvrage.” » [1]
Source
[1] Fath al-Bârî, vol. 1, p. 5.