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La controverse sur le jour de la révélation du « Verset du Perfectionnement » (Āyat al-Ikmāl) verset : 3 de la sourate : 5

La déviation que l’on trouve dans les récits des savants sunnites concernant le moment et le lieu de la révélation du « Verset du Perfectionnement = verset 3 de ladite sourate :5 » est que certains rapports situent sa révélation le jour de ‘Arafa, à ‘Arafat.

Parmi les versets les plus importants et les plus célèbres de Ghadir, qui fut révélé au Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) pendant son sermon, figure ce verset :

« Aujourd’hui, ceux qui ont mécru ont désespéré (de porter atteinte à) votre religion. Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait, et J’agrée l’Islam comme religion pour vous. » [2]

Il est intéressant de noter que la plupart de ces récits reconnaissent que la wilāya (l’autorité) fut révélée à cet endroit, mais ils en modifient seulement le moment et le lieu. Pour résoudre ce point problématique, deux réponses sont possibles :

Première réponse : une erreur de lecture de « ‘arrafahu »

Dans les récits, l’expression « yawmu ‘Arafa » (jour de ‘Arafa) apparaît. Cette expression a reçu, soit par erreur, soit délibérément, un sens incorrect en raison d’une mauvaise lecture.

Cette expression peut être lue de deux manières : « yawmu ‘Arafa » (le jour de ‘Arafa) et « yawmun ‘arrafahou » (le jour où il le fit connaître). Le premier signifie « le jour de ‘Arafa », le second « le jour où il (le Prophète) l’intronisa ».

Dans le récit original, c’est le second sens qui était visé : le Verset du Perfectionnement fut révélé le jour de l’intronisation du Prince des Croyants (paix sur lui) pour la wilāya et son autorité. Cependant, comme dans les livres anciens, les voyelles (diacritiques) et même la ponctuation n’étaient pas habituellement notées, certains, par erreur, d’autres, poussés par leur tendance naturelle à la déviation, ont opté pour la première possibilité, à savoir « le jour de ‘Arafa ».

Il est également possible que l’origine de cette erreur se trouve dans certains récits qui mentionnent que la révélation de ce verset fut annoncée au Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) à ‘Arafa, ce qui a conduit certains à croire, par erreur, que c’est là que le verset fut réellement révélé.

Voici le récit en question :

Lorsque le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui et sur sa famille) se tint à l’endroit sacré (à ‘Arafāt), Gabriel vint à lui de la part de Dieu – qu’Il soit exalté – et dit : « Ton terme est proche…

Établis-le (Ali) comme guide pour les gens… car Je n’ai rappelé aucun prophète parmi Mes prophètes qu’après avoir achevé Ma religion et accompli Mon bienfait par la wilāya de Mes alliés (awliyā’) et l’hostilité envers Mes ennemis. Ceci est l’achèvement de Mon unicité (tawḥīd) et l’accomplissement de Mon bienfait sur Mes créatures… »

Puis : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion… »[3]

La cause de cette confusion est que, plus loin dans ce même récit, il décrit le début des étapes de la révélation du verset « Ô Messager, transmets… », où le Prophète demanda à être dispensé de transmettre ce message par crainte de son peuple. Après que Dieu eut insisté sur cet ordre, il demanda la protection et l’infaillibilité, ce qui lui fut accordé.

Ensuite, le récit rapporte le long sermon de Ghadir, dans le texte duquel la révélation du verset est explicitement mentionnée après la proclamation de « Quiconque suis-je son maître (mawlā), Ali en est son maître(mawlā) ».

Il apparaît donc clairement que ce qui est mentionné au début de ce récit concerne l’annonce (prédiction) de la révélation du verset, et non la révélation elle-même.

Deuxième réponse : le but de la falsification de la date du verset

L’instigateur de ce doute, face à la multitude de récits établissant que le verset fut révélé le jour de Ghadir, n’est autre que ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb.

Il est intéressant de savoir que cette action de ‘Umar à l’encontre du Verset du Perfectionnement a un précédent et présente un autre aspect déviant. Il est manifeste que le fondateur du système de Saqīfa (le califat) a saisi mieux que quiconque l’importance de ce verset, au point de procéder à cette falsification à la fois verbale et sémantique.

Voici le récit de cet épisode :

« Les Juifs dirent à ‘Umar : “Si ce verset – “Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion…” – avait été révélé à nous, les Juifs, et que nous connaissions le jour où il fut révélé, nous ferions de ce jour une fête.”

‘Umar répondit : “Louange à Dieu, qui en a fait une fête pour nous. Je sais quel jour il fut révélé : il fut révélé le jour de ‘Arafa. Dieu a ainsi achevé cette affaire, et nous savons par ce verset que désormais les choses iront en déclin.” »[4]

Dans ce passage historique, nous voyons ‘Umar situer la révélation du verset au jour de ‘Arafa. Or il répondait aux Juifs, qui savaient très bien quel jour ce verset avait été révélé et qui, en réalité, posaient cette question pour démontrer l’illégitimité (de l’usurpation) de ‘Umar et se moquer de lui.

En fixant le jour de ‘Arafa, ‘Umar cherchait en réalité à échapper aux questions ultérieures : si c’était le jour de Ghadir, comment Dieu aurait-Il achevé la religion ce jour-là ?

L’histoire de ‘Umar avec ce verset remonte à avant la question des Juifs, et se situe le jour même de Ghadir. Lorsque ce verset fut révélé, ‘Umar se mit à pleurer. Le Prophète (que Dieu le bénisse ainsi que sa famille) lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? »

Il répondit : « Ce qui me fait pleurer, c’est que nous étions continuellement dans un accroissement de notre religion. Mais désormais que celle-ci est achevée, rien n’est jamais achevé sans ensuite décliner. » [5]

Sources

  1. Ghadir dans le Coran, vol. 1, p. 151, 157-160.
  2. Coran, Sourate al-Mā’idah / 3.
  3. Biḥār al-anwār, vol. 37, p. 202, ḥadīth n° 86.
  4. Biḥār al-anwār, vol. 37, p. 156. Ṣaḥīḥ Ibn Ḥibbān, vol. 1, p. 413. Kanz al-‘ummāl, vol. 2, p. 399.
  5. Ad-Durr al-manthūr, vol. 2, p. 258.

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