L’adoration d’Imam Ali (paix sur lui), tout comme les autres attributs qui lui étaient propres, constituait une caractéristique singulière, exclusive à lui. Le « Inqitā’ ilā Allāh », ou « rupture totale avec toute réalité terrestre et retour intégral vers Dieu, le Très-Haut », était l’une des vertus fondamentales dont il était particulièrement réputé.
Après le noble Prophète (paix sur lui et sur sa descendance), le monde n’a jamais connu un être humain qui ait réuni en lui des vertus morales et spirituelles aussi exaltées que celles d’Imam Ali (paix sur lui). Il a devancé les premiers et laissé les derniers sans force. Ses vertus dépassent toute capacité de comptage, et ses attributs sont infinis.
L’état étrange d’Imam Ali (paix sur lui) lors de la prière et de la supplication intime
Urwah ibn al-Zubayr rapporte un hadith d’Abu Darda, en disant :
« J’ai vu Ali ibn Abi Talib (paix sur lui) dans les environs des ateliers de menuisiers (1). Il s’était éloigné de ses compagnons, s’était caché à leurs yeux, et s’était retiré derrière des dattiers pour une solitude contemplative.
À cet instant, je crus l’avoir perdu de vue, et me dis que je m’étais écarté de lui. Je pensais alors qu’il était rentré chez lui. Soudain, j’entendis une voix triste, profondément émue, qui s’exprimait dans une supplication intense :
« Ô Dieu, combien de péchés Tu as vu en moi, et pourtant Tu n’as pas puni mon âme pour ceux-là ! Combien de crimes j’ai commis, et pourtant Tu ne les as pas manifesté à cause de Ta miséricorde !
Ô Dieu, si ma vie est prolongée dans la désobéissance envers Toi, et si mes péchés ont alourdi mon livre d’actions, alors je n’ai d’autre désir que Ton pardon, et aucun espoir en dehors de Ta satisfaction. »
Il continue : « Cette voix exerça sur moi une attraction profonde, et je me mis à le suivre discrètement. En m’approchant, je le reconnus : c’était bien Imam Ali (paix sur lui). Je me cachai alors de lui, et me mis à le suivre en silence. Je le vis, au cœur de la nuit, dans l’obscurité du crépuscule, accomplir plusieurs rak’at de prière, puis s’engager dans une invocation intense, marquée par des pleurs abondants et un état d’extase spirituelle profonde. »
Entre ses supplications à Dieu, le Très-Haut, il disait :
« Ô Allah, chaque fois que je pense à Ton pardon et à Ton oubli de mes fautes, mes péchés me paraissent légers et insignifiants. Mais aussitôt que je me souviens de Ta rigueur, les épreuves me semblent énormes et insurmontables. » Puis il ajouta :
« Ah ! Si, dans le registre de mes œuvres, je découvrais un seul péché que j’ai oublié, alors que Toi, ô Seigneur, Tu l’as compté et déclaré : « Prends-le ! », alors malheur à cette épreuve dont aucun proche ne pourra me sauver, dont aucune parenté ne pourra m’assister, et dont, même en criant à l’aide, personne ne pourra venir à mon secours ! il continue :
Ah ! De l’incendie qui consume les entrailles et le foie,
Ah ! De l’incendie préparé pour te brûler,
Ah ! De la supplication désespérée, des mains et des pieds agités dans les flammes ardentes ! »
Il raconte alors :
« Après cela, il tomba dans un état de pleurs si profond qu’il ne resta plus aucune trace de vie ni de mouvement en lui. Je me dis : “Certainement, à cause de sa veille nocturne, il s’est endormi.” Je décidai donc de le réveiller pour la prière de l’aube. Quand je me suis approché, je l’ai vu comme un bois sec, sans mouvement. Quel que fût l’effort que je fis pour le secouer, il ne bougea pas. J’ai essayé de le soulever, mais je n’y parvenais pas.
Alors, je me suis dit : « Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un » (Nous appartenons à Dieu, et vers Lui nous retournerons). Par Dieu, Ali ibn Abi Taleb (paix sur lui) est décédé ! Hâtivement, je me suis dirigé vers sa demeure afin d’annoncer la nouvelle à sa famille.
J’aperçus Fatima (que la paix soit sur elle). Elle m’a demandée : « Que s’est-il passé ô Abu Darda ? » Je l’ai rapporté ce qui s’était passé. Elle a répondue : « Par Dieu, c’est bien cet état de transe causé par la crainte de Dieu qui a saisi son âme. » Puis elle a prie de l’eau, qu’elle versa délicatement sur le visage de l’Imam Ali (paix sur lui), jusqu’à ce qu’il reprenne connaissance. »
Elle m’a regardée alors que je pleurais et dit : « Pourquoi pleures-tu, Abou Darda’ ? » J’ai répondu : « À cause de ce que je vois que vous vous infligez à vous-même. »
Il a dit : « Abou Darda, comment me verrais-tu au moment où l’on m’appellera pour le jugement, où les criminels verront le châtiment, où je me tiendrai debout devant Allah, le Contraignant (al-Jabbār), où mes amis m’auront abandonné et où les gens de ce monde m’auront rejeté ? C’est là que tu devrais avoir encore plus de compassion pour moi, face à Celui à qui rien n’est caché. »
Abou Darda a dit : « Par Dieu, je n’ai vu aucun des compagnons du Messager de Dieu (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille) dans un tel état. »
La nature suprême de l’adoration du Prince des Croyants (paix sur lui) : une adoration par gratitude !
Dieu, Puissant et Majestueux, s’était manifesté dans l’âme du Prince des Croyants (paix sur lui). C’est pourquoi son adoration était la manifestation de l’amour et du désir ardent pour Dieu. Le Prince des Croyants (paix sur lui) n’adorait pas Dieu par crainte de Son châtiment, pas plus qu’il ne Le vénérait par convoitise du Paradis. À l’instar du Prophète (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille), il avait atteint, dans sa relation avec Dieu Très-Haut, les degrés les plus élevés.
Le Prince des Croyants (paix sur lui) exprime ainsi la nature de sa relation avec Dieu Très-Haut : « Mon Dieu, je ne T’ai pas adoré par crainte de Ton châtiment ni par désir de Ta récompense, mais parce que je T’ai trouvé digne d’adoration. » (3)
Sans aucun doute, ce type d’adoration est plus grand que la certitude et plus noble que la foi.
Les types d’adoration selon les paroles du Commandeur des Croyants (paix sur lui)
Le Prince des Croyants (paix sur lui) énonce les catégories d’adoration de la manière suivante : « Certes, certains adorent Allah par convoitise ; c’est l’adoration des commerçants. D’autres L’adorent par crainte ; c’est l’adoration des esclaves. Et certains adorent Allah par gratitude ; c’est l’adoration des hommes libres. » (4)
L’adoration du Prince des Croyants (paix sur lui) est du dernier type, car elle découlait de la compréhension de la dignité et du mérite de l’Adoré, ceci suffit amplement. Sinon, le hadith concernant les vertus du Prince des Croyants (paix sur lui), comme l’a dit le Messager de Dieu (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille) : « Si tous les roseaux étaient des plumes, si les mers étaient de l’encre, si les djinns étaient des comptables et les humains des scribes, ils ne pourraient énumérer les vertus de Ali ibn Abou Taleb (paix sur lui). » (5)
La moralité du Prince des Croyants (paix sur lui) était une étincelle de la conduite du Noble Prophète (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille). Il fut éduqué dans sa maison, vécut et grandit à la table de la noble moralité du Messager de Dieu (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille). Durant toutes ces années, le Prophète (que la paix de Dieu soit sur lui et sa famille) enseigna au Prince des Croyants (paix sur lui) des sermons et des nobles manières, afin que sa moralité s’élève davantage, et ces vertus se développèrent chaque jour un peu plus, devenant plus fortes et plus parfaites, et le résultat fut la formation d’une personnalité dont le monde, tant qu’il existera, ne verra jamais la pareille.
Notes:
[1] الشَّوْحَطُ (al-Shawḥaṭ) : Un type d’arbre utilisé pour fabriquer des arcs.
[2] Al-Amālī (Les Dictées), Chaykh a-Ṣadouq : Mu’assasat al-Bi‘thah, Markaz al-Ṭibā‘ah wa al-Nashr fī Mu’assasat al-Bi‘thah, première édition, 1417 H. / 1996-97, p. 137.
[3] Biḥār al-Anwār (Les Océans des Lumières), al-‘Allāmah al-Majlisī : Dār Iḥyā’ al-Turāth al-‘Arabī, Beyrouth, Liban, troisième édition corrigée, 1403 H. / 1983, vol. 41, p. 14.
[4] Nahj al-Balāghah (La Voie de l’Éloquence), Sermons du Commandeur des Croyants (paix sur lui) : Dār al-Ma‘rifah li al-Ṭibā‘ah wa al-Nashr, Beyrouth, Liban, vol. 4, p. 53.
[5] Manāqib Amīr al-Mu’minīn (Les Vertus du Commandeur des Croyants), Muḥammad ibn Sulaymān al-Kūfī : Majma‘ Iḥyā’ al-Thaqāfah al-Islāmiyyah, première édition, Muḥarram al-Ḥarām 1412 H. / Juillet 1991, Iran – Qom, vol. 1, p. 557.