Bien que ces récits, qui témoignent de sa bravoure, ne soient pas tous formulés de manière répétée et constante (mutawātir), ils convergent tous vers un point commun fondamental, offrant ainsi une connaissance profonde et authentique de cet homme illustre.
Personne n’a égalé le Prince des croyants (paix sur lui) en bravoure, les batailles et les positions stratégiques qu’il a occupé durant la vie du Prophète (paix sur lui et sur sa famille), ainsi que par la suite, après son martyre, en sont des témoignages irréfutables. Et comment aurait-il pu ne pas être un homme courageux, alors qu’il était lui-même le maître incontesté des arts martiaux et de la stratégie guerrière ? [1]
Ainsi, la bravoure du Prince des croyants (paix sur lui) resplendit comme le soleil au zénith. Le meilleur témoignage de sa bravoure et de son intrépidité se trouve précisément dans les moments où la guerre n’était pas en cours, tel que ses paroles prononcées le jour d’immigration du Prophète (paix sur lui et sur sa famille), alors qu’il dormait au lit du Prophète (paix sur lui et sur sa famille), et qu’il s’adressait à Abou Jahl. [2]
En effet, le Messager de Dieu (paix sur lui et sur sa famille) avait dit au Prince des croyants (paix sur lui) : « Ô Ali, tu es pour moi comme l’oreille, l’œil et la tête pour le corps, et comme une eau fraîche pour celui qui souffre d’une soif intense. »
Puis il ajouta : « Ô Abou al-Ḥassan, lorsque tu dors dans mon lit, enfile mes vêtements, afin que, si les infidèles viennent à toi et te rencontrent, Dieu t’accorde la force et la sagesse nécessaires pour leur répondre. »
Pendant ce temps, les gens aiguisaient leurs épées. Abou Jahl arriva et leur dit : « Ne donnez pas à Muhammad l’occasion de s’échapper. Puisqu’il dort et ne se rend pas compte de ce qui se passe, jetez sur lui des pierres afin de le tuer, puis achevez-le. »
Cette nuit-là, ils lancèrent des pierres lourdes et grosses massives vers le lit, mais le Prince des croyants (paix sur lui) révéla son visage et déclara : « Qui êtes-vous ? » Ils le reconnurent immédiatement comme étant le maître du Prince des croyants (paix sur lui).
Abû Jahl leur dit alors : « Ne voyez-vous pas – en désignant Prince des croyants (paix sur lui) – que comment le Pophète Muhammad (paix sur lui et sur sa famille) s’est échappé de cette situation et s’est sauvé, et que nous nous sommes ainsi concentrés sur Ali, tandis que lui-même a pu s’échapper en toute sécurité ? »
Alors ne vous attardez pas sur Ali, afin que le Prophète Muhammad (paix sur lui et sur sa famille) s’échappe à la mort. Autrement, comme le dites lui-même, qu’est-ce donc qui, hormis son Seigneur, aurait pu l’empêcher de dormir cette nuit-là dans son lit ?
Le Prince des croyants (paix sur lui) a répondu : « Ô Aboû Jahl, oses-tu me dire cela ? Dieu m’a accordé une intelligence telle que, si elle était répartie entre tous les sots du monde et ses fous, ils deviendraient tous des êtres raisonnables. Et une force telle que, si elle était partagée entre tous les faibles de la terre, ils deviendraient tous puissants. Une bravoure telle que, si elle était distribuée parmi tous les lâches du monde, ils deviendraient tous courageux. Une patience telle que, si elle était partagée entre tous les esprits bornés de la planète, ils deviendraient tous patients. Si le Messager de Dieu (paix sur lui et sur sa famille) ne m’avait pas ordonné de rester jusqu’à ce que je le rejoigne, j’aurais révélé votre position et vous aurais tué. »
Puis il ajouta : « Malheur à toi, Aboû Jahl ! Au moment du départ du Prophète (paix sur lui et sur sa famille), les cieux, la terre, les mers et les montagnes ont imploré le Prophète afin qu’il les autorise à te détruire. Mais il a refusé par miséricorde, afin de permettre à des croyants de naître de la descendance et du ventre des femmes et des hommes infidèles. Sinon, ton Seigneur t’aurait anéanti, car Allah Est Tout-Puissant, tandis que toi, tu es faible. Il ne t’oblige pas à l’obéissance, alors que tu es dans le besoin, et Il t’a rendu capable de ce qu’Il t’a prescrit, tout en effaçant ton excuse. »
Abu al-Bakhtari ibn Hishâm, le frère d’Aboû Jahl, s’est exaspéré alors, et pointa son épée contre le Prince des croyants (paix sur lui) et vit alors les montagnes s’effondrer sur lui, la terre s’ouvrir pour l’engloutir, les vagues de la mer se précipiter vers lui afin de le submerger, et le ciel descendre jusqu’à lui, s’abattant sur sa tête. Son épée lui échappa, et il tomba probablement dans l’inconscience.
Aboû Jahl déclara : « Un tourbillon tournoyait autour de lui, le désorientant et le rendant perdu, et il cherchait à emporter avec lui ceux qui étaient à ses côtés. »
Dans une autre citation rapportée par Chaquiq ibn Salmah, celui-ci a dit : « Je marchais en compagnie d’Omar ibn al-Khattâb, lorsque j’ai entendu un murmure émanant de lui. Je l’ai demandé : “Qu’est-ce qui t’arrive, Omar ?” Il a répondu : “Malheur à toi ! Ne vois-tu pas ce lion farouche, ce guerrier né dans la bataille, celui qui, avec une bravoure exceptionnelle, s’élance contre les tyrans et les corrompus, frappant avec deux épées et brandissant un drapeau ?” »
Chaquiq ibn Salmah poursuive : « J’ai regardé, et j’ai reconnus qu’il s’agissait d’Ali ibn Abou Taleb (paix sur lui). J’ai dit à Omar : “C’est bien Ali ibn Abou Taleb (paix soit sur lui).”
Omar a répondu : “Viens avec moi, que je te parlerai de sa bravoure et de son intrépidité.” » Il ajouta : « Nous avons prêté serment au Prophète (paix sur lui et sur sa famille) le jour de Uhud, en condition que nous ne fuirions pas, et que quiconque s’enfuirait serait égaré, tandis que quiconque serait tué serait martyr, et que le Prophète serait notre guide. »
Soudain cent groupes de combattants fondirent sur nous, chacun composé de cent hommes ou plus, nous menaçant de la tempête de la mort. J’ai vu Ali (paix sur lui) comme un lion au milieu de la poussière et de la fumée de la bataille. Il ramassa un poignet de cailloux et les lança vers nous. » il continue et dit : une seconde fois il nous attaqua, et dans sa main, il tenait une épée large dont le tranchant semblait cracher la mort. Ali déclara : « Vous avez prêté serment, mais vous avez rompu votre pacte. Par Dieu, vous êtes plus dignes d’être tués que ceux que je vais abattre. »
J’ai levé les yeux vers lui : ses regards brillaient comme deux lampes lumineuses, deux coupes pleines de sang qui étincelaient d’une lumière terrifiante. Il continue : « J’étais sous le choc et dans la terreur, et je porte encore en moi cette frayeur, qui n’a pas quitté mon cœur jusqu’à ce jour. »
Dans une lettre adressée à Sahl ibn Hounayf, le Prince des croyants (paix sur lui) exprime ainsi la puissance divine qui l’anime : « Par Dieu, je n’ai pas extirpé la porte de Khaybar par la force physique ou la puissance alimentaire, mais par la puissance divine et de l’âme, qui émane de la lumière divine du Seigneur. Je suis pour Ahmad (le Prophète) une lumière rayonnante. Par Dieu, même si tous les Arabes se coalisaient pour combattre contre moi, je ne reculerais pas face à eux. » [3]
Notes:
[1] Minhaj al-Birā’ah, vol. 17, p. 362.
[2] Bihār al-Anwār, al-‘Allāma al-Majlisī, vol. 20, p. 53.
[3] Amālī, a-Chaykh a-Ṣadoūq, p. 605.